Je me voyais aussi morte. Je pensais que la terre était tombée ce jour-là.
ALINE
Survivante de viol lié au conflit en République Démocratique du Congo
Je suis née un certain 1er janvier 1988 à 4 heures du matin au Centre de santé EFESKI à Walungu, dans une famille de 7 enfants, dont 4 filles et 3 garçons, dans la province du Sud-Kivu en République Démocratique du Congo. À l’époque, mon père était infirmier et ma mère, cultivatrice, s’occupait des soins des enfants.
Le jour de ma naissance, ma mère avait accouché sans aucune complication obstétrique à la maternité. Ce n’est que lors de ma première semaine que je tombai gravement malade, et l’on me ramena à l’hôpital pour recevoir des soins. Il était curieux de constater que, malgré l’aggravation de mon état de santé, les causes de ma maladie demeuraient inconnues du personnel soignant. De plus, les signes extérieurs de ma maladie suscitaient des doutes quant à ma survie. Les médecins s’efforçaient régulièrement de contrôler l’état de mes os en pratiquant des interventions chirurgicales sur ma colonne vertébrale et ma jambe, mais en vain, laissant des cicatrices visibles sur mon corps jusqu’à aujourd’hui.
Soit 8 mois après ma naissance, mes parents pensaient que j’étais morte. Le corps fut retourné désespérément à la maison pour l’enterrement. Ce n’est que lorsqu’on enveloppa le corps dans des linges qu’un médecin, ami de mon père, alerta que des signes de vie persistaient, et on me ramena à l’hôpital.
ALINE
©2024 Jadwiga Brontē & Aline Kanega
Let’s Talk About Rape® est un projet thérapeutique et collaboratif qui permet aux survivantes de reprendre le contrôle de leur récit. À travers l’autoportrait utilisant un déclencheur à distance, les participantes définissent leur propre démarche comme outil de guérison.
Aline (survivante de la RDC) Lac Kivu, Kamembe, Rwanda, 2024
Un jour, en novembre 1988, soit 8 mois après ma naissance, mes parents pensaient que j’étais morte. Le corps fut retourné désespérément à la maison pour l’enterrement. Ce n’est que lorsqu’on enveloppa le corps dans des linges qu’un médecin, ami de mon père, alerta que des signes de vie persistaient, et on me ramena à l’hôpital.
En 2000, au milieu de l’année, il y eut des troubles dus aux rebelles FDLR (Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda), hutus connus sous le nom des «Interahamwe», dans le village d’Izege, dans le territoire de Walungu. Comme le savent tous, ces derniers, arrivés en tant que réfugiés en 1994, avaient été accueillis joyeusement par la population zaïroise à l’époque. Cependant, avec l’arrivée de l’AFDL (Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération), les HUTU-FDLR s’étaient repliés dans nos forêts, se constituant en véritables terroristes, et commencèrent à piller, massacrer et violer.
©2024 Jadwiga Brontē & Aline Kanega
Let’s Talk About Rape® est un projet thérapeutique et collaboratif qui permet aux survivantes de reprendre le contrôle de leur récit. À travers l’autoportrait utilisant un déclencheur à distance, les participantes définissent leur propre démarche comme outil de guérison.
Aline (survivante de la RDC) Lac Kivu, Kamembe, Rwanda, 2024
C’était une nuit du 12 novembre 2000, alors que j’avais 12 ans, après un repas en famille, mon père, ma mère, mes sœurs et mes frères, étions tous à la maison. Quelques heures après, chacun était sur sa couche lorsque nous entendîmes des crépitements de balles accompagnés de cris et de pleurs. Ces bruits semblaient se rapprocher de notre maison. La peur s’empara de nous tous. Soudain, nous vîmes des hommes armés, vêtus de manteaux, munis de torches, entrer dans notre maison. C’étaient des HUTU-FDLR dits Interahamwes.
Avec toutes les intimidations possibles, ils prirent les chèvres que maman apprivoisait à la maison. Ils voulaient les emporter avec notre sœur aînée, mais malheureusement elle refusa d’aller avec eux. Devant nous tous, ils lui logèrent une balle dans la tête. Elle mourut sur le coup, la tête explosée, et son sang se répandit partout, au salon et sur les murs.
À cet instant, maman voulut défendre sa fille, mais un des bourreaux la poignarda au ventre, et elle mourut elle aussi sous nos yeux. Impuissants, ces hommes réussirent à emporter toutes nos chèvres et de nombreux autres biens de valeur, laissant sur le sol ma mère et ma sœur, tuées cruellement sous nos yeux. Quel drame! Quel désespoir pour un lendemain meilleur!
À quelques heures de la nuit, des cris retentirent: «Mulamuke! Mulamuke!», signifiant «Réveillez-vous! Réveillez-vous!» en français. Ce furent des miliciens Interahamwe (Hutu) en provenance du Parc de Kahuzi-Biega qui envahissaient le quartier, semant terreur et désolation. Ils pillèrent, tuèrent des gens par balles, égorgèrent d’autres comme des animaux avec des machettes et des couteaux, et violèrent systématiquement les femmes et les filles.
ALINE
Je me voyais aussi morte. Je pensais que la terre était tombée ce jour-là. Nous avons alors décidé de quitter Walungu pour nous réfugier à Bukavu, dans la commune de Bagira, près du Parc national de Kahuzi-Biega.
Près de deux ans après, le 14 octobre 2002, après la mort de ma mère et de ma sœur, mon frère Adolphe, qui gardait notre père malade à Walungu, vint nous annoncer que l’état de santé de papa s’était un peu amélioré. Ce jour-là, un événement effraya la commune de Bagira: un véhicule de la famille BASEDEKE prit mystérieusement feu en plein jour. L’incendie fut rapidement connu de tous.
La nuit venue, après le repas du soir, c’était un véritable plaisir de revoir mon frère Adolphe, qui venait de Walungu après un moment de séparation. Cependant, tout au long de cette journée et de la nuit, je sentais que mon cœur n’était pas stable. J’étais habitée par un pressentiment de mort. Je sentais qu’il allait se passer quelque chose de mal, mais j’ignorais de quelle manière cela allait se produire.
À quelques heures de la nuit, des cris retentirent: «Mulamuke! Mulamuke!», signifiant «Réveillez-vous ! Réveillez-vous!» en français. Ce furent des miliciens Interahamwe (Hutu) en provenance du Parc de Kahuzi-Biega qui envahissaient le quartier, semant terreur et désolation. Ils pillèrent, tuèrent des gens par balles, égorgèrent d’autres comme des animaux avec des machettes et des couteaux, et violèrent systématiquement les femmes et les filles.
Ce jour-là, ils m’amenèrent dans la forêt, au fin fond du Parc national de Kahuzi-Biega, avec mes frères et d’autres personnes de notre quartier et des villages voisins. Nous transportions pendant 2 jours les biens qu’ils avaient pillés. Je devins esclave sexuel de l’un des chefs de ces sanguinaires. Plus d’un an après, ils nous libérèrent sans avoir tué aucun d’entre nous, mais nous étions plus morts mentalement que physiquement.
Aujourd’hui, je suis une mère célibataire de 8 enfants, abandonnée par le père de mes 8 enfants il y a trois ans à cause de cette histoire, dont je vous épargne plusieurs détails.
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